Cafés Philo – 2024. Toucher l’être
Toucher l’être : Février à avril 2024
Nous avons inauguré nos cafés philosophie en février 2024 en nous interrogeant sur les conditions mêmes de l’exercice de la philosophie. En nous appuyant sur Alain Badiou, nous avons posé trois exigences fondamentales : la liberté de pensée, la nécessité d’une logique commune permettant la discussion rationnelle et la possibilité de vérités universelles, accessibles à tous indépendamment des appartenances sociales, culturelles ou des particularités individuelles. Ces principes nous ont conduits à une affirmation qui a accompagné nos échanges : « Les gens pensent ».
Qu’est-ce qu’une vérité ? Comment un sujet singulier peut-il accéder à quelque chose d’universel ? La question s’est d’abord posée à travers l’art. Une œuvre peut-elle produire une vérité dépassant son époque et sa culture ? La création artistique est-elle l’apparition d’une nouveauté radicale ou le dévoilement de formes préexistantes ? Nous avons confronté les conceptions philosophiques de la vérité, de Platon à Badiou, et nous avons examiné les rapports entre subjectivité, création et universalité.
Nous avons ensuite abordé l’amour, envisagé non comme un simple sentiment, mais comme une expérience susceptible d’ouvrir un accès à une vérité universelle. L’amour suppose une rencontre, celle d’une présence, et le maintien de cette présence au-delà de la rencontre initiale. Il met en jeu une relation singulière entre deux sujets, tout en faisant surgir une dimension qui excède leur individualité. Nous nous sommes interrogés sur le corps, le désir, la jouissance et l’extase, ainsi que sur les rapports entre expérience sensible et vérité.
Progressivement, la question de l’être s’est imposée. Si les vérités peuvent ouvrir des brèches dans l’ordre établi des savoirs et des représentations, permettent-elles pour autant d’accéder à l’être lui-même ? L’être peut-il être pensé indépendamment des significations que nous lui attribuons ? Le langage, qui rend possible la pensée et son partage, ne constitue-t-il pas simultanément un obstacle à l’expérience immédiate du réel ?
Nous avons également interrogé la mystique, ses expériences d’extase et ses prétentions à un accès direct à l’être. Mais peut-on reconnaître à une expérience fondée sur la révélation ou la foi le même statut qu’à une démarche philosophique ouverte à la discussion et à la critique ? De même, l’art peut-il, par ses formes et ses manifestations sensibles, nous faire approcher ce qui échappe au langage ?
Ces dix rencontres nous ont permis de questionner la possibilité même de « toucher l’être ». Il ne s’agit plus seulement de déterminer ce qui est vrai, mais de comprendre comment un sujet, à travers la pensée, l’amour, l’art ou l’expérience corporelle, peut rencontrer quelque chose qui excède ses représentations. La philosophie apparaît ainsi moins comme la possession d’un savoir que comme un exercice de pensée, une recherche ouverte dans laquelle l’incertitude, la rencontre et le risque de se perdre constituent peut-être les conditions mêmes de la découverte.
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Synthéses des sessions
Ouvrage en support
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Alain Badiou, Éloge de la philosophie (2013)
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Alain Badiou, Éloge de l’amour (2009)
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Plotin, Ennéades (IIIe siècle), notamment II, 4, « Sur la matière »
En complément …
1. Alain Badiou, L’Être et l’Événement (1988)
2. Jacques Lacan, Encore (1975)
3. Michel Hulin, La Mystique sauvage (1993)
4. Henri Maldiney, Art et existence (1985)
En complément …
1. Platon, Le Sophiste (IVe siècle av. J.-C.)
2. Héraclite, Fragments (VIe–Ve siècle av. J.-C.)
3. Martin Heidegger, Être et Temps (1927)
4. Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (1945)
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2025. Justice ?
2026