Cafés Philo – 2024. L’intime et le commun

L’intime et le commun : Avril à juin 2024

Prolongeant notre réflexion sur la possibilité de « toucher l’être », nous avons consacré huit rencontres à ce qui, dans l’expérience la plus intime, peut également relever de l’universel. Notre point de départ a été la douleur, et plus précisément cette douleur dont l’intensité échappe aux mots, à toute signification et parfois même à toute possibilité de communication. Comment une expérience aussi profondément singulière peut-elle nous ouvrir à ce que nous avons de plus commun ?

Nous avons interrogé les rapports entre douleur, souffrance et angoisse, en cherchant à distinguer ce qui relève de l’expérience sensible immédiate de ce qui appartient déjà à son interprétation. Il ne s’agissait nullement d’accorder une valeur morale à la souffrance, ni de défendre une quelconque forme de dolorisme, mais d’explorer ce qui, dans l’expérience de l’indicible, nous met aux prises avec notre corporéité la plus élémentaire. Avant de produire du sens, avant même de pouvoir se représenter ce qu’il éprouve, le sujet est un corps qui sent, un corps charnel immergé dans la matière.

Mais la douleur n’est pas le seul chemin possible vers cette expérience de l’être. Nous avons ensuite abordé l’extase et la félicité, ces états dans lesquels les frontières entre le sujet et le monde semblent s’effacer. L’extase, qu’elle soit mystique, esthétique ou corporelle, pose la question d’une expérience antérieure aux distinctions que le langage impose habituellement entre soi et le monde. La félicité, quant à elle, suggère une forme de plénitude dans laquelle le manque semble suspendu.

Nous avons examiné les rapports entre savoir et félicité. L’accumulation des connaissances peut-elle conduire à la sagesse, ou celle-ci suppose-t-elle au contraire un rapport au monde qui échappe à l’érudition ? La question traverse différentes traditions philosophiques et spirituelles, de l’Antiquité grecque au bouddhisme, et engage une réflexion sur les rapports entre expérience, connaissance, langage et transmission.

Nous avons abordé la joie, en cherchant à la distinguer de la satisfaction. Si la satisfaction semble liée à l’accomplissement d’un désir ou à la disparition d’un manque, la joie peut-elle surgir indépendamment de toute attente et de toute possession ? Peut-elle être comprise comme un événement qui traverse le sujet plutôt que comme un état qu’il maîtrise ou recherche ?

La question de la transmission s’est posée. Peut-on communiquer la joie, ou seulement les circonstances susceptibles de la faire naître ? Comment partager une expérience qui semble précisément excéder les mots et les représentations ? Cette interrogation nous a permis de prolonger notre réflexion sur le rapport entre l’intime et le commun : ce qui ne peut être intégralement formulé n’est pas nécessairement inaccessible à autrui.

Enfin, la question d’un « instant d’éternité » nous a ouverts à notre expérience du temps, tandis que les rapports entre âme, souffle et corps ont ouvert une réflexion sur les différentes manières de penser l’unité du sujet.

Au terme de ce parcours, la question initiale s’est trouvée déplacée. L’intime ne désigne pas nécessairement ce qui nous enferme dans notre singularité. Il peut aussi constituer un accès à ce que nous partageons le plus profondément : notre condition corporelle, notre capacité à éprouver, à penser et à entrer en relation avec le monde et les autres. L’universel n’est peut-être pas seulement ce que la raison peut énoncer, mais aussi ce dont l’expérience sensible, avant toute signification, nous révèle la possibilité.

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Synthéses des sessions

13 avr 2024. L’intime et le commun #01. Le sens de la douleur

La douleur. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Nous nous demandons depuis un peu plus de deux mois, déjà, par quels chemins accéder à l’être en tant qu’être, c’est-à-dire aux choses qui sont en tant qu’elles sont, et non pas nécessairement telles qu’elles sont....

20 avr 2024. L’intime et le commun #02. Douleur-souffrance-angoisse

Il parle de la douleur, c’est qu’il est doloriste. Et bien non. Et pourquoi non ? Parce que je ne vois, moi, aucune morale dans cette affaire là. Absolument aucune. Et puisqu’il faut à nouveau le rappeler : ce à quoi, ce vers quoi, j’essaie, avec mes maigres moyens,...

27 avr. 2024. L’intime et le commun #03. Extase et félicité

Comme à notre habitude, je vais rappeler pour commencer quelques étapes de notre parcours sur ces trois derniers mois. Nous avons, dès le départ, retrouvé deux des grandes orientations, des orientations générales, de la réflexion philosophique :  D’un côté la possible...

4 mai 2024. L’intime et le commun #04. Savoir et félicité

La dernière fois, nous nous sommes quittés en nous demandant si une accumulation de savoir, de connaissances, pouvait conduire à la félicité. Nous aurions tout aussi bien pu dire, en lieu et place de félicité, sagesse ou équanimité. Cette question peut, en effet, tout...

11 mai 2024. L’intime et le commun #05. Joie et satisfaction

Joie et satisfaction. Opposées ou complémentaires ? L’une, la satisfaction, peut-elle conduire à la joie ? Ou en obstrue-t-elle la possibilité ? Satisfaction des désirs, des besoins. Nous connaissons la petite musique de Schopenhauer : aussitôt un désir satisfait que...

18 mai 2024. L’intime et le commun #06. Transmettre la joie

Transmettre la joie. Est-ce transmettre une émotion ? Nous n’avons d’ailleurs pas vraiment abordé cette question à chaque fois que nous avons parlé de la joie. Emotion, sentiment, sensation ? Je proposerais transition. Être transi par la joie. Traversé. Traversé par...

25 mai 2024. L’intime et le commun #07. Un instant d’éternité

“Mais celui qui s’est ouvert un jour à la joie authentique et désintéressée a définitivement gagné l’éternité, car il est désormais uni avec son Moi qui ne connaît pas la mort, qui lui offre la joie sans fin” (Gustav Meyrink, La Nuit de Walpurgis, 1917, passage...

1er juin 2024. L’intime et le commun #08. Âme, souffle, corps

Je voudrais vous proposer un programme pour les séances à venir, histoire de ressaisir un peu tout ça et de ne pas trop dériver dans le bavardage. Et aussi pour éviter le manque d’inspiration qui peut, après tout, toujours nous arriver. Ça nous pend au nez. Je...

Ouvrage en support

  • François Wahl, Le Perçu (2007)

  • Baruch Spinoza, L’Éthique (1677)

  • Gustav Meyrink, La Nuit de Walpurgis (1917)

En complément …

François Wahl, Le Discours du tableau

Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation (1818-1819)

Aristote, De l’âme

André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie

Autres références …

Maurice Merleau-Ponty, La Phénoménologie de la perception (1945)

Martin Heidegger, Être et Temps (1927)

Jacques Lacan, Le Séminaire, livre X : L’angoisse

Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912)

2024

2025. Justice ?

2026