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Joie et satisfaction. Opposées ou complémentaires ? L’une, la satisfaction, peut-elle conduire à la joie ? Ou en obstrue-t-elle la possibilité ? Satisfaction des désirs, des besoins. Nous connaissons la petite musique de Schopenhauer : aussitôt un désir satisfait que celui-ci est remplacé par d’autres, et ainsi de suite. Schopenhauer en a fait la racine de la souffrance comme principe existentiel premier, allant jusqu’à affirmer que le bonheur ne réside pas dans la joie mais plutôt dans l’absence de souffrance.

Quoi qu’il en soit, la satisfaction est de l’ordre de l’apaisement et du repos, tandis que  la joie est exaltation, elle est l’équivalent spirituel ou cérébral de la jouissance physique.

Nous voyons là que la question initiale : la satisfaction peut-elle conduire à la joie ? peut tout aussi bien s’inverser en : la joie peut-elle conduire à la satisfaction ?

Pour le reformuler, nous sommes en présence d’au moins trois hypothèses quant au lien entre joie et satisfaction : 

1/ la joie et la satisfaction sont indépendantes l’une de l’autre, avec pour éventuelle conséquence la tentation de les hiérarchiser qualitativement

2/ la joie découle de la satisfaction, comme l’apogée de cette dernière, la plénitude atteinte par l’épuisement satisfait du désir (hypothèse dont la logique schopenhauerienne récuse la possibilité)

3/ la satisfaction découle de la joie, cette dernière provoquant un état de plénitude envahissant la totalité de notre être et aboutissant à l’extinction des désirs (hypothèse à laquelle pourraient peut-être conduire certains aspect de la pensée schopenhauerienne)

Vous me permettrez de faire le parallèle entre la dialectique de la joie et de la satisfaction et celle de l’œuvre d’art et de l’objet esthétique, ou celle de l’exceptionnel et du banal, tout en précisant une fois de plus qu’il n’y a pas de jugement moral à porter et qu’il faut entendre ces distinctions et ces parallèles sur un plan parfaitement factuel. J’irai même jusqu’à souligner qu’au fond le banal, et donc l’objet esthétique ou la satisfaction, compose notre quotidien.

Enfin, l’état de joie permanent, qui ne peut nous être connu, est celui de la béatitude des saints.

La satisfaction se réfère à la sensation de satiété : être repus ; mais aussi à l’accomplissement d’un devoir. 

(satisfaire, étymologiquement satisfacere = s’acquitter de quelque chose, d’une dette, d’une obligation)

A contrario, par la spontanéité de la joie, celui qui ressent la joie sort, ne serait-ce que momentanément, du désir.

(joie = de gaudeo, se réjouir, prendre du plaisir -> donne godere en italien, jouir de quelque chose, bénéficier, qui signifie aussi en argot “avoir un orgasme”)

Il y a bien une idée de jaculation dans l’idée de la joie.

Et puis, nous jouons aussi ici de la nécessité, la satisfaction, et du hasard, la joie.

Pour finir cette rapide introduction, je voudrais aussi évoquer l’embarras de ce couple joie-satisfaction, qui nous introduit à toute l’ambiguïté du bonheur, dont on ne sait finalement de quel registre il pourrait éventuellement relever : joie ou (grande) satisfaction ? 

(a priori, le bonheur est plutôt le résultat d’une action volontaire et, comme tel, lié à la problématique de la satisfaction)

Discussion

Nos discussions ont essentiellement porté, pendant cette séance, sur le pérenne et l’éphémère, ainsi que sur le chemin qui mènerait de la joie à la satisfaction, ou l’inverse, c’est selon.

Quelques interventions ont aussi interrogé la possibilité de mesurer la joie, comme degré le plus élevé du registre des émotions.

C’est aussi posée, corrélativement , la question de la nature physique, physiologique, de la joie et celle, donc, de son incommensurabilité.

Vient alors une autre question : comment communiquer ce qui est incommensurable, ou, sujet de la séance à venir du 18 mai : “Transmettre et partager la joie”