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La dernière fois, nous nous sommes quittés en nous demandant si une accumulation de savoir, de connaissances, pouvait conduire à la félicité. Nous aurions tout aussi bien pu dire, en lieu et place de félicité, sagesse ou équanimité. Cette question peut, en effet, tout aussi bien être posée à des chrétiens (où l’on mettrait plutôt la félicité), des grecs ou des romains de l’Antiquité (la sagesse), ou des bouddhistes (l’équanimité).

La réponse intuitive, celle qui nous paraît assez spontanément être la bonne, est de dire que “non”, bien sûr que la sagesse ne provient pas de l’accumulation de connaissances, donc, pour l’homme contemporain, de l’écrit et de l’écriture. C’est la parole “qui compte”, le logos, le verbe. Et pourtant, est-ce que l’écrit ne vient pas justement subvertir cette logique si évidente ? Est-ce que la transmission de la parole ne s’est pas faite, majoritairement, quoi qu’on veuille en penser, par l’écrit ? Les milliers de pages de la Bible, les dizaines de volumes des paroles du Bouddha historique, sont bien là pour nous le rappeler.

Et je ne parle pas des innombrables traités philosophiques, mystiques, techniques même (je pense notamment au yoga et à un grand nombre de pratiques méditatives extrême orientales), ces innombrables traités, donc, qui ont tout de même pour seule et unique vocation de nous procurer un enseignement censé nous conduire tout près de notre propre illumination, même et y compris les écrits des écoles subitistes, ce qui est quand même un comble !

Discipline, apprentissage, chemin…

Que serait, alors, une discipline, un apprentissage, un chemin, sans connaissance, sans savoir ? Il pourra, par exemple, être souvent question du dépouillement, la voie sera alors une voie qui nous conduira à nous débarrasser de nos connaissances, de notre savoir, c’est-à-dire dans ce cas d’une sortie de nos conditionnements, la connaissance étant assimilée au formatage culturel et social. 

Ce qui nous conduit à un de ces thèmes que je ne cesse de vous ressasser : nous sommes des êtres traversés par le langage, par les discours, chacun de nous en tant que sujet étant à la confluence d’une multiplicité de discours, littéralement de textes, voilà ce que nous appelons notre connaissance : une partie, un sous-ensemble, de ces discours, de ces textes. Mus par ces défilés de signifiants, il nous faudrait pour atteindre la sagesse, l’équanimité, reposer dans l’absence de tout discours, de tout texte, de tout savoir.

Je m’arrête là, pour ne pas retomber une fois de plus dans cette insupportable absence de sens, qui finit par en agacer certains.

Et je vous demande, pour initier notre discussion d’aujourd’hui : quelle connaissance, ou quelle absence de connaissance, pour quelle sagesse ?

Discussions

Nos échanges portent principalement sur la nature de la félicité et aussi, dans une certaine mesure, du bonheur, oscillant entre absence de désir et vitalité de celui-ci. Il apparaît en effet difficile de trancher entre équanimité et exaltation, entre la soif de connaissance, dont la curiosité comme source est ici un signe fort de vitalité, pour ne pas dire de vitalisme, et le repos d’une âme désintéressée, qui s’assoirait dans la pure réception d’un monde qu’elle ne chercherait pas à capter, et à capturer, par l’expansion de son désir.

Sage équanimité et malicieuse gourmandise, dont rien ne nous permet non plus d’affirmer qu’elles s’opposeraient réellement, nous amènent à interroger pour notre prochaine séance l’articulation entre joie et satisfaction.