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Transmettre la joie. Est-ce transmettre une émotion ? Nous n’avons d’ailleurs pas vraiment abordé cette question à chaque fois que nous avons parlé de la joie. Emotion, sentiment, sensation ? Je proposerais transition. Être transi par la joie. Traversé. Traversé par une traversée. Comment transmettre une traversée ?

Partager la joie. Là aussi, là encore, comment partager une traversée, une transition ?

Par tout ce qui est à notre disposition, bien sûr ! Le corps, un regard, un toucher, les arts, l’écriture…

Y faut-il un dispositif ? Ou la spontanéité y suffit-elle ?

Je posais la question autrement dans le compte rendu de la précédente séance, en évoquant l’incommensurabilité de la joie.

Il serait donc question d’une incommensurable traversée, incommensurable transition.

Vous me direz, “mais enfin, une traversée ou une transition, rien de plus mesurable !”, puisqu’il y a bien un point de départ et un point d’arrivée.

Soit, le point de départ : d’où vient la joie ? Nous n’avons pas vraiment trouvé de réponse à cette question au cours de nos précédentes discussions. Elle peut venir de quelque part là en-bas, de nous ? et elle s’élève, nous élève en s’élevant, mouvement de surrection, une jaculation, un élan. Elle peut venir de quelque part là en-haut, on ne sait d’où, ou si on a la foi, on peut le soupçonner, et elle nous tombe littéralement dessus, nous saisit, nous inonde, nous éclaire, voire nous illumine. Entre exaltation et plénitude, calme et agitation.

Le point d’arrivée : il semblerait que nous soyons à peu près toujours le point d’arriver, que l’on soit élevé ou stupéfait, saisit, transit. La joie donc nous traverse, vient peut-être d’ailleurs, d’un ailleurs à l’intérieur de nous ou d’un ailleurs à l’extérieur de nous, et va quelque part, à l’intérieur ou à l’extérieur de nous, aussi.

Alors, quelle que soit la joie, qui nous traverse, la transmettre ou la partager, c’est la communiquer. Le mouvement est alors celui d’une boucle : extérieur, traversée, intérieur, traversée, extérieur, vers quelqu’un ; ou celui d’une flèche, intérieur, traversée, extérieur, quelqu’un.

Vous noterez que ce n’est pas tout à fait pareil dans tous les cas. Ces deux schémas que je vous propose impliquent que ce qui est transmis ou partagé n’est pas exactement de même nature. Il y a une transmission d’un intime métaphysique, celui qui nous vient du dehors et nous traverse, et il y a une transmission d’un intime immanent, que nous émanons.

Rayonner de joie. Il ou elle rayonne de joie. Et c’est ce rayonnement qui transmet. Alors, ce rayonnement de joie qui transmet la joie, est-il, peut-il, être sous notre maîtrise ?

Et puis, il y a la réception. Et la réception, ce n’est pas tant une question d’intensité, j’ai déjà dit que tout ça était probablement incommensurable : la joie ce n’est pas la satisfaction (je suis plus ou moins satisfait, remettez-en une louche s’il-vous-plaît), c’est plutôt une question d’ouverture. Il appartient en effet à tout un chacun de recevoir ou non la joie qui nous est donnée, transmise, partagée, bref, qui rayonne vers nous. Là, la joie, c’est un peu, me semble-t-il, comme l’amour. On y est ouvert ou fermé, on ne peut pas nous l’imposer.

Alors ça, c’est tout à fait fondamental, car ça nous amène à distinguer deux autres formes de joie qui ne sont pas tout à fait de même nature.

Je m’explique. J’ai distingué la joie qui viendrait du dedans, et celle qui viendrait du dehors, sans savoir d’ailleurs si ce n’était pas la même. Par contre, il y a bien celle que l’on ressent, venant du dedans ou du dehors, mais d’un dehors, je le rappelle, métaphysique, donc pas, à ce stade, pas encore d’autrui. Et puis, il y a celle que l’on ressent parce qu’on la reçoit du rayonnement d’autrui. La joie de l’autre, que nous partageons avec lui. Et ainsi de suite, peut-être même parfois, en de très rares occasions, jusqu’à une vague d’hystérie, on a pu observer et connaître ça au Moyen Âge paraît-il, dans certains couvents de bonnes sœurs.

De l’intime au commun, la joie comme communion.

Pour Spinoza la Joie est “une passion par laquelle l’Ame passe à une perfection plus grande” -> accroissement de la puissance de l’âme et du corps, de la capacité d’agir de l’Ame.

“(…) les images des choses qui posent l’existence de la chose aimée (…) affectent l’Ame de Joie (…)” (démonstration de IIIe partie, Proposition XIX). 

Discussion

Être ouvert à la joie, accepter de la recevoir, comme on accepte ou non l’amour.

Comme nos échanges ont porté sur le caractère éphémère de la joie, son impermanence, nous prolongerons nos discussions le samedi 25 mai autour du thème : “Un instant d’éternité”.