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Nos investigations sur la teneur des arguments avancés par le jeune Hegel et la lecture qui en a été faite par Bernard Bourgeois, dans son approche non critique, puisqu’à aucun moment Bernard Bourgeois ne se plonge lui-même dans les textes auxquels Hegel se réfère, se contentant d’exposer les arguments de Hegel sans jamais les remettre en cause, ces investigations nous ont menés à un point où l’ensemble du raisonnement qui tendrait à définir le judaïsme comme une religion de la séparation.

Nous avons vu ensemble que nos participants de confession catholique et de confession juive s’accordaient sur l’interprétation de la séparation des hommes et du divin à la sortie du jardin d’Eden. Nous avons aussi vu que l’interprétation de cette sortie du jardin d’Eden mais aussi du déluge ne parvenait pas à produire une pensée convaincante de la séparation des hommes et de la nature.

Reste l’interprétation de l’épisode biblique de la tour de Babel et des actions de Nemrod, compris comme séparation des hommes entre eux et, possiblement aussi, comme confirmation de la séparation du peuple juif d’avec le reste de l’humanité. Cette interprétation est déjà sujette à caution, comme nous l’évoquions lors de notre dernière rencontre, notamment concernant la conversion possible de tout un chacun au judaïsme, souligné comme n’étant pas tant le fait de rejoindre une religion qu’une nation. Ce dernier point à d’ailleurs été très rapidement évoqué et mériterait que l’on y fasse retour.

Mais avant ça, je voudrais vous soumettre une autre hypothèse, concernant plus particulièrement l’existence d’Israël comme nation de la réconciliation, aussi étonnant et provocateur que celà pourrait paraître dans le triste contexte historique que nous traversons. Déjà, je le souligne, il n’est pas tant question ici d’Israël comme nation territorialisée au Moyen-Orient, que d’Israël en tant que nation diasporique, plus ou moins inégalement répartie sur l’ensemble du globe. Les chiffres actuellement avancés sont de 45% de la diaspora dans le pays d’Israël, 40% aux Etats-Unis et 15% dans le reste du monde (source prélevée sur https://www.jewishdatabank.org/ : World Jewish Population, 2021 par The Hebrew University of  Jerusalem). Alors, l’hypothèse que je voudrais vous soumettre est la suivante : dans la mesure où il n’y a pas de composition ethnique stable ou fixe de la diaspora juive, ce dont témoigne la division majeure entre juifs séfarades et juifs ashkénazes, auxquels on peut joindre au moins les juifs Mizrahim (Afrique du nord, Moyen-Orient, péninsule arabique), les juifs Beta Israël (Éthiopie), les juifs d’Inde, de Chine, italiens, yéménites, ou encore les Karaïtes (qui rejettent le Talmud pour se concentrer sur la Torah) ; nous pourrions considérer que la réconciliation en acte de l’humanité post-babélienne correspond à son arrivée, sa réunion, en Israël. Les élus c’est ainsi l’humanité tout entière, une fois qu’elle se sera (re-)convertie au judaïsme.

Ce serait alors une réconciliation toute particulière, puisque passant par l’accueil dans une seule et unique nation diasporique, qui aurait fait le choix de suivre la Loi de Dieu.

Je ne formule bien entendu pas cette hypothèse par provocation, mais pour préparer notre réflexion commune sur le christianisme, puisque la fonction de la réconciliation, quoi que s’achevant dans un échec, lui est assignée par Hegel. Mais ayant été averti de l’absence de nos participants les plus érudits en matière de christianisme à la séance de ce jour, je ne veux pas trop développer ce point aujourd’hui, si vous le voulez bien.

Et puis, même renversée, la question de la séparation des langues et de la réconciliation post-babélienne, qui ne se fait pas dans le déni de la diversité des langues et des peuples, ne me semble pas tout à fait invalider les dernières lignes du chapitre consacré par Bernard Bourgeois à la question du judaïsme.

En effet, qu’on lise les textes du jeune Hegel en en validant, ne serait-ce qu’implicitement, comme le fait Bernard Bourgeois sur le mode du commentaire, ou de l’explication, de texte, les hypothèses, ou que l’on en renverse la logique comme je viens de le faire, il n’en reste pas moins que le judaïsme apparaît comme un forçage de la vie par la Loi. Pour le dire autrement, dans le judaïsme la vie devrait, pour se déployer et s’épanouir, passer par l’acceptation de la Loi.