Venez visiter notre boutique en ligne

Frais de port réduits à 0,01€ pour toute commande supérieure à 30€, en application de la Loi Darcos


Nous avons commencé ce cycle sur “la Cité” en parlant de trois sujets : la fin de l’histoire, le “faire société” et la nation.

La fin de l’histoire

Ce concept, produit à l’origine par Alexandre Kojève à partir de son exégèse des textes de Hegel, nous dit, si on veut le résumer en quelques mots, “l’histoire est l’histoire de l’Etat, l’Etat est le garant de la liberté en devenir, de la liberté se réalisant elle-même, et avec l’Etat libéral, dont le processus de constitution se parachève entre la Révolution française et son installation définitive après la Seconde Guerre mondiale, cette histoire là, celle, donc, de l’histoire de la réalisation des conditions de la liberté telle que soutenues par l’Etat libéral, Bourgeois préférant dire l’Etat-nation, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, cette histoire là, donc, est finie. Ce qui veut dire que les hommes peuvent désormais s’attaquer à d’autres questions, extra-politiques, avec d’autant plus de dévouement et d’efficacité.

Le “faire société”

A travers cette injonction de “faire société”, dont nous avons rapidement vu qu’elle est apparue comme injonction il y a à peine un quart de siècle, c’est la distinction somme toute très classique en sociologie entre communauté et société, gemeinschaft et gesellschaft, liens ou solidarité organiques et solidarité mécanique, qui pointe le bout de son nez. Mais c’est aussi une critique de fond de l’impossibilité de “faire société” par la simple agrégation des passions individuelles. Bourgeois nous amène à distinguer ce qu’il appelle le social et le sociétal. Le social, pas très éloigné de ce qui sous le contrat social rousseauiste enjoint les individus à volontairement abdiquer leur souveraineté devant la volonté générale, qui en tout les dépasse, est là avant eux et leur survit, comme bien d’autres formes sociales dont, notamment, ces expressions du tout social que sont la famille et l’Etat. La volonté générale, la famille et l’Etat, pris pour exemples, ne peuvent se comprendre par le pur et simple bavardage consensuel intersubjectif.

La nation

C’est peut-être le point qui nous a fait éprouver les plus grandes difficultés, puisque nous ne sommes pas parvenus à dépasser une définition par la négative, c’est-à-dire ce que la nation n’est pas. 

La laïcité

Alors, à ce premier ensemble de sujets, à ce début de réflexion sur la Cité, vient aujourd’hui s’adjoindre la problématique de la laïcité, nous introduisant à la confrontation entre vie sociale, vie politique et vie religieuse. 

Le texte de Bourgeois commence par distinguer ce qu’il appelle une laïcité positive, favorable à toutes les religions, que l’Etat, par une aide plus ou moins également distribuée, inciterait à contribuer à la vie collective, et une laïcité négative, par laquelle l’Etat manifesterait une attitude à tout le moins réservée quant à la participation du religieux à la sphère des affaires publiques.

Néanmoins, nous dit Bourgeois, c’est dans cette laïcité négative, pratiquée en France pendant environ un siècle, qu’il faudrait dénicher une positivité, qu’elle contient bien pour avoir duré aussi longtemps, positivité tout aussi bien politique que religieuse.

La laïcité négative l’est, négative, de la séparation qu’elle entend prononcer et maintenir entre le politique et le religieux, séparation de l’Eglise et de l’Etat, 1905. Je voudrais tout de suite préciser que cette séparation est, à mon sens, tout à fait vitale sauf à souhaiter l’instauration, à terme, d’une forme ou l’autre de théocratie, car j’oserai affirmer que contrairement à ce qu’on nous serine depuis un moment, il n’y a pas de religion qui ne soit qu’une affaire privée, parce qu’il n’y a pas de prélats ou de croyants qui ne souhaiteraient que les principes de leur religion, qu’ils considèrent, subjectivement à fort juste titre, comme les meilleurs pour tous. Dès lors, pourquoi ne pas souhaiter les appliquer à tous ? Et même quand on est un peuple élu, et il y en a beaucoup des peuples élus, regardez ce qui se passe en ce moment en Inde, ça n’arrange pas les choses, bien au contraire, puisqu’alors c’est toute la société civile qui devra être en quelque sorte purifiée. 

La laïcité négative apparaît alors comme une pas si mauvaise manière de mettre à distance de l’Etat et de la société civile les velléités publiques de toute religion. Et c’est avant tout dans l’école républicaine que “la souveraineté du peuple et la liberté des individus” ont eu la possibilité d’être libérées de “l’absolutisme politico-religieux”. L’école républicaine serait ainsi “le couronnement ultime de la Révolution de 1789”, “formation universalisante” allant contre toute forme de particularisme assujettissant. En aucun cas, un engagement individuel, particulier, religieux ou autre, ne doit pouvoir prétendre donner son orientation à l’enseignement de l’école laïque. 

Et pourtant, se demande Bourgeois, comment est-il possible, dans des conditions qui prétendent mettre de côté toute particularité réelle, que l’Etat laïque, son citoyen et l’école, s’affirment positivement ? Il y faut, nous dit Bourgeois, la formation d’une communauté vécue dont tous les membres pratiquent la laïcité négative, c’est-à-dire, donc, celle qui maintient une ferme étanchéité entre politique et religion. 

“Un tel être natif présupposé présent à lui-même dans le sentiment d’une unité sous-jacente à la diversité socio-culturelle, et constituant le socle concret de sa structuration abstraite en un régime républicain laïque, est la nation. La nation est bien l’élément positif de la laïcité négative.”