Cette séance, en l’absence de l’animateur, a été l’occasion de revenir sur certains passages du texte de Trungpa sur lesquels les participants souhaitaient échanger
Thème Principal : L’intégration des enseignements bouddhistes sur la non-dualité et l’acceptation des émotions dans la vie quotidienne et le processus créatif, confrontée aux visions occidentales de jugement, de résultat et de quête de perfection.
Points Clés de la Discussion :
Interprétation du chapitre 4, pages 76-77 :
- Shunyata et Transparence : Le texte suggère de commencer par une pratique simple pour percevoir la « transparence des pensées et des émotions, » puis d’aller au-delà de la situation relationnelle vers une « qualité spacieuse » où tout opère dans l’espace.
- L’Union avec les Émotions : L’approche proposée est de « devenir un avec les émotions, » en contraste avec les attitudes habituelles de refoulement ou d’extériorisation, jugées dangereuses.
- Créativité et Expérience de l’Espace : L’aspect positif des émotions et des situations existentielles ne peut être perçu qu’à travers l' »expérience de l’espace plutôt que du résultat. »
- Non-Polarité (Bien/Mal, Samsara/Nirvana) : La vraie spiritualité est la « pratique ultime de la non-violence, » évitant la polarisation entre le bien et le mal. Le texte affirme que le Samsara (cycle de confusion) et le Nirvana (sagesse, perfection) sont interdépendants ; la confusion est essentielle à la sagesse.
- Conscience et Égo : Le texte évoque le travail sur la conscience comme la « dernière étape du développement de l’ego, » non pas pour l’éliminer mais pour transformer sa « qualité confuse en transcendance. »
Débat sur l’Art et le Processus Créatif :
- Processus vs. Résultat : Un participant insiste sur l’importance du jugement et de la reprise dans la création artistique (citant Rembrandt et Vermeer), suggérant que le résultat est essentiel. Un autre participant argumente que le moment de l’euphorie créative est primordial, et la retouche peut viser à retrouver ce sentiment.
- Le Sens dans la Création : Un participant estime que le « sens » guide le jugement et l’amélioration du travail. Il critique les textes bouddhistes pour leur « abondance de mots » qui complexifient des idées simples.
- « Facilité » et « Éblouissement » : Un participant dénonce la « facilité » et la « virtuosité » (ex: Horowitz, Picasso) qui visent à éblouir plutôt qu’à rechercher la profondeur ou le sens, y voyant un choix personnel et parfois égoïste.
- « Image » vs. « Monde » : Un participant distingue l' »image » (superficielle, publicitaire) d’un « monde » (profond, durable) que l’art peut créer, soulignant la richesse et la capacité d’interprétation d’une œuvre d’art authentique.
Réflexions Philosophiques et Existentielles :
- La Conscience comme Provisoire : Un des participants interprète la notion de conscience du texte comme fragile et « immanente, » sujette à des pièges et des réévaluations constantes, même dans l’acte créatif.
- Le « Matérialisme Spirituel » : Le danger de la « polarité entre le bien et le mal » est lié au « matérialisme spirituel, » où l’on combat une partie de soi au lieu de tout utiliser comme partie du processus naturel de la vie.
- Le Choix de la Facilité : Les intervenants s’interrogent sur la tendance humaine à choisir la facilité (achat de billets de loto, consommation de masse) et ses implications sociétales et personnelles.
- L’Expérience du « Rien Faire » : Un participant raconte une anecdote en Bolivie où, bloquée par la pluie sans divertissement, elle a ressenti un « grand bonheur » à simplement être là, sans objectif, en contact avec des personnes résignées qui acceptaient les choses « telles qu’elles sont » (« c’est ainsi »). Cette expérience contraste avec le besoin occidental d’action et de direction.
- Rôle des Institutions : La discussion dérive vers le rôle des religions (l’Église catholique) et des idéologies (le communisme) dans la création de systèmes de sens, parfois par « manipulation » ou pour « maîtriser la société, » offrant des « choix » ou des cadres directifs face à l’absurdité de l’existence.
En conclusion, le dialogue explore la tension entre une philosophie bouddhiste invitant à l’acceptation des émotions et l’expérience de l’espace plutôt que du résultat, et une vision plus occidentale mettant l’accent sur l’action, le jugement, la recherche de sens et la distinction entre bien et mal, que ce soit dans l’art ou la vie.