Les beaux endormis
Photos et textes
d’Emmanuelle Grivelet-Sonier
Les douze portraits exposĂ©s ont Ă©tĂ© publiĂ©s uniquement en noir et blanc, dans le livre COMAS, théâtre suivi de UN PARFUM DANS LA NUIT, rĂ©cit poĂ©tique et LES BEAUX ENDORMIS, sĂ©rie photo (Éditions L’Écarlate, 2022).Â
L’exposition présente à la fois les versions en noir et blanc et leurs versions couleur, inédites. Chaque photographie évoque la disparition à travers la perte ou la mort d’un être proche.
Des incidents de la vie…
On maquille les morts pour les embellir, on peut aussi les photographier, ce qui se faisait couramment au dĂ©but du siècle dernier.Â
Aujourd’hui en Occident, c’est un acte plus rare, plus confidentiel, qui questionne.Â
J’ai photographiĂ© plusieurs fois la mort, en m’en cachant la plupart du temps, j’avais peur d’une incomprĂ©hension, de crĂ©er un malaise dans mon entourage. Mais, ce que j’imaginais ĂŞtre un acte rĂ©prĂ©hensible, je le vivais au fond comme une victoire, celle de lui reprendre… ceux qu’elle me volait.
Et puis, j’ai continuĂ© Ă la regarder Ă travers le filtre des vivants, en crĂ©ant la sĂ©rie « Les Beaux Endormis ».
… à l’accident photographique.
Cette tentative de capturer la mort Ă travers un portrait est nĂ©e d’un accident photographique.Â
Lors d’une prise de vue, j’ai demandĂ© Ă la comĂ©dienne que je photographiais de poser en fermant les yeux. En retravaillant la photo brute quelques jours plus tard, j’ai longuement regardĂ© le visage « endormi » de mon modèle…Â
Elle n’Ă©tait plus lĂ , elle Ă©tait ailleurs…Â
J’ai cherchĂ© Ă intensifier cette impression, en travaillant la lumière comme si je la prĂ©parais Ă retrouver l’Autre…
J’ai demandĂ© par la suite Ă mes modèles de me parler de leurs disparus, et nous avons travaillĂ© sur l’expression photographique de la disparition.Â
La toute première photo de cette série est devenue la couverture de mon livre COMAS.